Présentation de la démarche, par Pierre GANDOSSI, fondateur du site

Pourquoi EFFICIENCE EMPLOI?

Efficience Emploi est un site internet, dédié aux actions les plus efficientes en matière d'emploi.

Son but est de rechercher les actions les plus efficaces contre le chômage et de préférence les moins coûteuses pour les finances publiques, sans s'interdire quelques analyses ou commentaires sur les politiques de l'emploi menées en France.

Les contributions publiées seront de préférence documentées et détaillées, parfois certainement polémiques, sachant que dans ce domaine, il est très difficile de faire l’unanimité. Leurs parutions seront tributaires de nos disponibilités et de nos opportunités. Le plus souvent, il s'agira d’un article, d'une tribune ou de l'interview d'une personne qualifiée.

Pour quelle utilité?

Cette démarche permettra de découvrir des idées et des initiatives multiples conciliant avec une certaine habileté l’économique et le social.

Elle permettra aussi de repérer les principaux obstacles qui empêchent les projets et les organisations d’être plus efficaces socialement pour la collectivité.

Une évaluation active ne se conclut pas forcément par un manque de moyens : ni le public ni le privé ne détiennent la vérité sur ce point ; ce sont souvent des valeurs partagées, des idées nouvelles et des expériences assumées qui favorisent l'éclosion des compétences sur un territoire ou dans une structure donnée.

De quelle manière?

Dans les faits, il s’agit d’évaluer l'efficience d'un certain nombre d’actions ou de structures, spécialisées dans les domaines de l’emploi, de la formation professionnelle et de l’insertion par l’activité économique.

Cette recherche d’actions positives et de structures porteuses en matière d’emploi n’est pas simple à réaliser, en particulier en France, où le niveau des dépenses publiques atteint 57% du PIB national, soit au moins 9 à 10 points de plus que la moyenne des autres pays de la zone euro. On peut se demander, sans ironie fortuite, si ce type d’opération ou d’organisation existe en France ?

Toutefois, ce n'est pas le niveau des dépenses publiques qui conditionne la richesse d'un pays ou son efficacité économique. Le Danemark et la Suède sont deux pays abonnés aux dépenses publiques, on ne peut pas affirmer pour autant qu'ils soient mal gérés. Leurs PIB par habitant et leurs taux d’emploi sont parmi les plus élevés des pays de l’OCDE. Pour beaucoup d’experts, leur bonne santé économique est liée à leur petite taille, à leur niveau général de formation, à leur discipline collective, mais également à leur pragmatisme, considérés comme des points forts face à la mondialisation. S’ajoute à cela, une volonté d’indépendance en refusant de rejoindre la zone euro, alors qu’ils sont membres de l’Union Européenne. Ces atouts apportent une certaine cohésion sociale et autorisent les pouvoirs publics à engager des réformes de fond, comme, par exemple, la flexisécurité au Danemark ou la limitation de l’emploi à vie dans les administrations suédoises. Résultat: leurs taux d'endettement public sont parmi les plus bas de l'Union européenne, respectivement 40,3 et 44% de leurs PIB en 2013. De là à imaginer une transposition en France ? Cela semble prématuré, quasiment irréalisable sans révoltes ni paralysie du pays. Les prédispositions françaises paraissent éloignées d’un tel modèle de société. Pourtant, il est probable qu’elles donneraient un vrai coup de fouet à nos mentalités engluées dans l’immobilisme. Notre balance commerciale est dans le rouge depuis 2003 et notre compétitivité industrielle est en baisse chronique. La productivité de nos entreprises est en chute libre et celle de nos services publics est depuis des décennies un sujet tabou. La cherté de l’euro n’est pas seule en cause, le niveau très élevé des prélèvements obligatoires (43,8% du PIB en 2012) pénalise notre pays et réduit ses chances de rebondir. Ce n‘est pas a priori en proclamant la fin de l’austérité, la relance par la consommation et de nouvelles augmentations d’impôts que la France sortira de cette spirale de l’endettement (208% du PIB en 2010). Le taux d’endettement public représente à lui seul 95% du PIB en 2013.

La France souffre vraiment d’un manque d’efficience. Les français reportent leurs contradictions sur le monde politique, lui reprochant sa frilosité et son absence de courage, mais la situation est plus grave : elle requiert de leur part un changement de culture et de comportement admettant que « l’État ne peut pas tout », pour reprendre la célèbre phrase d’un premier ministre socialiste, sûrement pas empêcher les licenciements et la fermeture d’entreprises moribondes. Pour se protéger de la précarité professionnelle grandissante, le nombre de lois et de règles sociales en faveur des salariés ne cesse d’augmenter, mais le nombre d’entrepreneurs, prêts à relever le défi de la création d’entreprise, lui ne se décrète pas. Selon Christian Saint-Étienne, « le rôle de l’entreprise est mal perçu dans sa nature et ses effets par la société française et ses dirigeants, celui de l’entrepreneur l’est encore moins. Il reste un acteur socioéconomique dont l’utilité demeure contestée » (France : état d’urgence, une stratégie pour demain, Odile Jacob, 2013). Or, l’avenir des français passe par une reconquête de leur autonomie, ne serait-ce que pour redonner un peu de crédibilité à leur État providence en faillite...

La recherche de l’efficience dans notre cas précis est avant tout une manière de voir, ouverte, au service de tous, signifiant clairement que les actions et les organisations qui luttent contre le chômage ne doivent pas reposer essentiellement sur une culture inconditionnelle de la dépense publique. Contrairement aux idées toutes faites, certaines aboutissent à des résultats réels pour un moindre coût et une plus grande efficacité. Toutefois, parce qu’elles ne sont pas reliées à des subventions systématiques ou au soutien de l’administration, les pouvoirs publics éprouvent des difficultés à les reconnaître à leur juste valeur…

Avec l’animation de ce site, nous poserons la même question à nos interlocuteurs : quelles sont, selon vous, les mesures ou les actions en matière d’emploi, de formation et d’insertion, les plus efficaces et les moins coûteuses pour la collectivité? Si celles-ci réclament d’importants moyens financiers, il faudra qu’elles le justifient en s’adressant à un public particulier, dans un domaine spécifique, en obtenant des résultats convaincants.

Hélas, en France, les ministres et les élus locaux ramènent souvent leurs capacités d'action et leurs éventuels résultats aux montants de leurs budgets. Ils sont rares à croire aux vertus de l'efficience en matière de dépenses publiques, notamment lorsqu'il s'agit de se maintenir au pouvoir. Lorsque les comptes publics sont dans le rouge, il est de bonne guerre (ou de mauvaise foi) de laisser croire que l'on n'y est pour rien et de faire porter le chapeau à ses adversaires politiques.

En clair, nous ne trouvons pas de qualité particulière au modèle national. En France, l'État et les collectivités territoriales restent les principaux décideurs et producteurs de services publics. Ils détiennent le monopole de l'intérêt général, sans qu'il soit possible de mesurer leur efficience. Une omnipotence, loin de donner satisfaction et de faire l'unanimité, surtout si l'on essaie de regarder de près leurs actions et leurs performances. A Efficience Emploi, nous souhaitons donner une place plus importante au secteur privé (associatif et lucratif). Lequel serait tenu d'obtenir des résultats et de respecter un cahier des charges, à partir d'indicateurs d'appréciation, similaires à ceux présentés sur notre site. Un traitement identique devrait être administré aux services publics disposant des mêmes compétences. Il permettrait de repérer et de soutenir les organisations les plus efficaces et de préférence les moins coûteuses.

A l’opposé de Vincent de Gaujelac, sociologue (La société malade de la gestion, Seuil 2005), nous considérons que la société est malade de son manque de gestion, surtout dans le secteur public où les gaspillages sont légion. Il est vrai que cette culture du chiffrage qu’il dénonce n’est pas toujours appropriée. Son application sur le terrain est loin d’être une réussite. Pourquoi concerne-t-elle certains et pas d’autres ?  Les indicateurs choisis par les pouvoirs publics manquent parfois de pertinence et ne mettent pas suffisamment en exergue les résultats obtenus et les économies réalisées.

 

Efficience Emploi le, 30 septembre 2013

 

Le fondateur du site, Pierre Gandossi, est consultant en management et conduite de projet. Travailleur social de formation et diplômé en sciences économiques et sociales, il a travaillé plus de vingt ans en zone urbaine sensible et dirigé plusieurs organisations dans les domaines de l'emploi, de la formation professionnelle et de l'insertion par l'activité économique: mission locale, comité de bassin d'emploi, pôle emploi et d'insertion, maison de l’emploi, Plan local d'insertion par l'emploi (PLIE) et organisme gestionnaire de CFA. Engagé parallèlement dans l’économie sociale et solidaire, il a fondé et présidé différentes structures: centre de formation d'apprentis, association intermédiaire, entreprise d'insertion, entreprise de travail temporaire d'insertion et association de services aux personnes. Ses initiatives ont fait de lui un professionnel de l'emploi et un entrepreneur atypique qui cherche aujourd'hui à partager son expérience et à transmettre son savoir-faire. Il a été aussi chargé de cours et formateur dans plusieurs établissements d’enseignement. Il a été également trésorier et vice-président de l'Assedic Ouest Francilien et membre de plusieurs comités et réseaux, dont la finalité était la lutte contre l’exclusion. Il a publié, enfin, quelques articles dans diverses revues spécialisées, liées à la prospective, à la vie associative, à l’emploi et à la formation.

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Pierre Gandossi, fondateur du site, photographié dans la cour du CFA AFIPE de POISSY SARTROUVILLE qu'il a également fondé et présidé durant de longues années