Les causes du chômage

D’après Jacques Lesourne, les causes du chômage sont multiples et se retrouvent dans la majorité des situations vécues par les acteurs économiques. Il y aurait trois sortes de chômage, selon lui, que nous décrivons brièvement ci-dessous :

  • Un chômage conjoncturel lié à la concurrence économique locale, nationale et internationale
  • Un chômage frictionnel lié aux évolutions technologiques et organisationnelles
  • Un chômage structurel lié à l’inadéquation du système de formation et plus largement à une mauvaise organisation du marché de l’emploi. Sur ce point, la France cumule les échecs, malgré le poids considérable de ses dépenses publiques: 56,5 du PIB en 2016, selon l'OCDE.

    Auteur: Pierre GANDOSSI

Ces causes sont de natures différentes mais se complètent : elles sont présentes dans les principaux secteurs de l’économie et touchent toutes les entreprises, quels que soient leurs effectifs ou leurs chiffres d’affaire. Pour en savoir plus, nous vous renvoyons à la lecture de son livre: Vérités et mensonges sur le chômage, aux éditions Odile Jacob (1995).

Toutefois, d’après notre expérience qui en vaut largement une autre, le chômage ne se limite pas à un manque de croissance économique et à une absence de qualification. Les freins à l’emploi sont multiples. La liste ci-dessous n'est pas exhaustive, mais elle donne des indications précises sur la nature des obstacles rencontrés par les personnes désireuses officiellement de travailler :

  • des revenus insuffisants en dessous du seuil de pauvreté (50 ou 60% du revenu médian)
  • des problèmes de surendettement chroniques ou passagers
  • une absence de logement autonome (sans domicile fixe)
  • des difficultés récurrentes à trouver un mode de garde pour ses enfants
  • des problèmes d'isolement et/ou de mobilité (durée et moyen de locomotion nécessaires pour exercer son activité professionnelle ou pour aller et revenir de son lieu travail)
  • un lieu d'habitation situé dans une zone économique où les emplois sont rares, en particulier les emplois marchands
  • une absence de logement à un prix modéré, en HLM, dans le parc privé ou en accès à la propriété, dans une zone économique où les emplois sont plus nombreux et diversifiés (zone tendue)
  • un logement insalubre ou trop petit, situé dans un quartier repoussoir ou dans une ville dont l'économie est sinistrée
  • des conditions de vie familiale très précaires (conflits, séparations, monoparentalités, isolements, violences familiales, maltraitances)
  • des problématiques d'adaptation culturelles et linguistiques
  • la question des interdictions religieuses dont il ne faut pas minimiser l'influence
  • des problématiques liées à un handicap, quel qu'il soit (physique ou mental)
  • des difficultés de santé (stress, dépressions, maladies professionnelles, addictions...)
  • une histoire de vie qui empêche toute adaptation rapide au monde professionnel (ponctualité, assiduité, comportement sur le lieu de travail, relation avec la hiérarchie, difficultés à respecter les consignes)
  • refus de travailler pour le SMIC, à temps partiel, en CDD, en intérim, en horaires décalés, le matin très tôt, le soir, la nuit, le week-end et dans certains secteurs d'activité où les conditions de travail sont jugées pénibles, voire humiliantes...)
  • une relation à l'emploi qui se détériore à cause de la persistance du chômage (lassitude, perte de confiance, découragement)
  • les discriminations à l'embauche liées aux origines géographiques, culturelles ou sociales, au physique, à l'apparence, au sexe ou à l'orientation sexuelle
  • enfin les stratégies individuelles que les demandeurs d'emploi peuvent développer pour échapper aux autorités publiques ou à la justice (travail au noir, délinquance, trafics en tous genres, etc.).

Le chômage est la conséquence aussi de nos propres choix individuels

 

Une partie de l’opinion veut croire que le chômage provient avant tout d'éléments conjoncturels ou structurels, extérieurs à l'individu, comme l’économie de marché, les entreprises ou les politiques menées par les pouvoirs publics. Or, le chômage est la conséquence aussi de nos propres choix individuels, peu inspirés ou pas toujours réfléchis sur le plan économique et social. Amadoués par un État providence qui pense et agit très souvent à notre place, nous souffrons en France d’un "mal endémique" : le manque de confiance personnelle, celui de demander aux autres (ou à une autorité supérieure) de réaliser ce que nous nous croyons incapables de faire par nous-mêmes. Une tendance lourde qui favorise une culture "collective" de l’assistanat.

Nous avons tous besoin de la confiance et de l’entraide des autres. Cependant, il nous semble que la première des solidarités est d’éviter de devenir un poids économique pour notre propre entourage et la société toute entière. La liberté individuelle et la recherche de l’indépendance économique nous paraissent les meilleures façons de lutter contre le chômage, les inégalités et la pauvreté. Elles ne sont pas antinomiques d’ailleurs avec nos principes démocratiques et républicains d’égalité et de fraternité. Elles se combinent pour former un tout cohérent. Malheureusement, notre croyance indéfectible en un État omnipotent et notre accoutumance à la société de consommation nous inclinent à ne plus entrevoir notre responsabilité personnelle. Ce qui s’avère dommageable pour notre avenir.

notion_emploiNous cherchons ni à culpabiliser, ni à discriminer, mais à comprendre. Les causes profondes de nos difficultés économiques et sociales sont de nature diverses et ne peuvent être balayées d’un revers de main. Malgré les efforts de notre société pour réduire les inégalités à la naissance et au cours de la vie, autant à l'école que dans la vie professionnelle, les disparités et les hiérarchies se maintiennent envers et contre tout laissant peu d’espérance quant à un véritable bouleversement. Un de nos anciens présidents de la république surnommait cela : « le changement dans la continuité. »

Notre protection sociale (santé, famille, retraite et chômage) représente plus de 31,5% de notre PIB en 2014, un record en Europe et dans le monde! La moyenne européenne se situe autour de 29,5%, tandis que celle des autres pays de l’OCDE ne dépasse pas 21%. Dans ces pays, néanmoins, une partie de la protection sociale est aux mains d'assurances privées non obligatoires, mais souvent nécessaires, faisant baisser automatiquement le taux officiel de pris en charge et le nombre des personnes couvertes. Cela dit, les transferts publics en France demeurent un rempart social non négligeable contre les mutations du marché du travail et l'extension du paupérisme. Seule ombre au tableau, elle est de taille, leurs financements ne sont plus assurés par nos richesses produites, mais grâce à nos emprunts sur les marchés financiers et par des prélèvements très élevés sur les entreprises et les ménages: 45,3% du PIB en 2016. Au 4ème trimestre 2016, la dette publique Française atteignait 2 147,2 milliards d'euros, soit 96 % du PIB . La dette privée, celle des ménages et des entreprises, s'élevait de son côté à plus de 130% du PIB. Une dette colossale, selon Jean TIROLE, notre prix NOBEL d'économie 2014: "la dette privée est aussi une dette publique, souligne-t-il, car elle concerne autant la situation économique des banques que le financement des États."

Efficience Emploi, août 2017