Le problème du système, c’est qu’il n’incite pas à faire mieux

Ces indicateurs/critères n’ont rien d’exceptionnel. Certains financeurs publics les connaissent déjà et les utilisent chichement pour attribuer leurs aides ou leurs subventions (1). Ils n’ont pas la prétention d’être parfaits, mais ils donnent un éclairage concret sur le fonctionnement et l’efficacité des politiques menées en matière d’emploi, de formation professionnelle et d’insertion par l’activité économique.

Malheureusement, ces principes de bon sens et de bonne gestion ne s’appliquent pas à toutes les actions et structures publiques. Ceux-ci représentent une menace potentielle autant pour les élus que pour les agents publics et les salariés, chargés de la lutte contre le chômage. Être évalué par une entité indépendante n’est pas dans les habitudes françaises. Cette façon d’agir peut engendrer du désordre et de l’incompréhension. Les pouvoirs publics n’ont pas envie de devenir des boucs émissaires ou d'être exposés à la vindicte populaire. Le problème du système, c’est qu’il n’incite pas à faire mieux. Au contraire, il pousse à la dépense et au laisser-aller.

« Manager, faire des économies, améliorer ses résultats sont des mots qui fâchent dans la fonction publique »

et dans toutes les organisations qui gravitent autour, faisait remarquer le regretté Jacques Marseille (La guerre des deux France, celle qui avance et celle qui freine, Plon 2004). D’accord pour moduler les financements publics en fonction de l’activité et de la performance des actions et des structures, mais en échange, il faut que les objectifs chiffrés soient réalisables et qu’ils ne bouleversent pas trop l’organisation générale et les conditions de travail des salariés…

Emploi-Accueil

Si on appliquait au pied de la lettre ces indicateurs/critères en joignant les résultats obtenus aux financements des actions et des structures, beaucoup de salariés devraient quitter leurs postes actuels pour aller travailler là où les besoins sont les plus urgents, c’est-à-dire là où le chômage, le manque de formation et l’exclusion sont incontournables. Comme il est impossible, du fait du système, de se retrouver dans une telle situation, l’immobilisme devient la règle. Autrement dit, le précepte de la dépense pour la dépense continue de s’appliquer sans discontinuer, y compris auprès des personnes et des territoires les moins en difficulté.

Efficience Emploi le, 30 septembre 2013

(1) La Loi organique relative à la loi de finances (LOLF) a été adoptée en 2001. L'idée de la LOLF est d'instaurer pour chaque administration et service public d'intérêt collectif des indicateurs de performance permettant d'atteindre des objectifs prédéterminés par les pouvoirs publics. Le problème de la LOLF, c'est qu'elle a donné naissance à plus de 1300 indicateurs au sein desquels la performance globale est illisible...