Le Covid-19, nouvel ennemi de l’emploi

Le Covid-19 se présente comme le nouvel ennemi de l’emploi. Le travail se trouve relégué au second plan, alors que nous profitions d’un rebond de croissance depuis 2016. Nous voilà payés à rester à la maison. Des « nouvelles habitudes » qui risquent de coûter très cher à notre économie. Pourtant, le confinement auquel nous sommes astreints possède des vertus. Il permet de prendre du recul et d’envisager la vie autrement. Le Covid-19 sera-t-il le déclencheur du changement ?

Depuis son apparition en Chine en décembre 2019, nous assistons presque désarmés à la propagation du Covid-19 dans tous les pays du monde. La France n’est pas épargnée avec déjà plus de 14 000 morts, sans pouvoir compter les personnes porteuses du virus. Cette pandémie soudaine nous foudroie. Pour le moment, nous ne connaissons ni remède, ni vaccin, hormis le confinement, les tests et les masques en nombre insuffisant. Les hôpitaux au bord de l’explosion se repassent des malades, faute de personnel, de lits et de respirateurs.

Combien de temps ce calvaire va-t-il durer ? Un mois, deux mois, trois mois, personne ne sait ? Nous paraissons démunis et dépassés comme les élites qui nous gouvernent. Le pouvoir politique s’ingénie à faire face, mais tout le monde se doute qu’il ne détient pas toutes les clés.

 « Quoi qu’il en coûte, l’État paiera »

Comme les malheurs arrivent en cascade, l’économie chavire. Tous les secteurs se retrouvent à l’arrêt, sauf les activités cruciales, comme la filière agroalimentaire. « Quoi qu’il en coûte, l’État paiera », exhorte notre Président. Cela rassure. Mais ne nous dit pas comment se passera la suite ?

Le chômage revient par la grande porte. Il reste contenu grâce au dispositif en faveur du chômage partiel. Il concerne pour l’instant : 8 millions de salariés et 700 000 établissements. Financé par l’État et l’UNEDIC, son coût est estimé à 24 milliards d’euros. L'espoir du gouvernement de diminuer le taux chômage s'envole. A moins qu'une reprise spectaculaire se produise avant les prochaines élections présidentielles de 2022.

A ce rythme, la montée des dépenses publiques semble inéluctable. Certaines prévisionnistes évoquent un endettement public qui pourrait atteindre 115% du PIB d'ici la fin de l'année.

Le covid-19, nouvel ennemi de l'emploi et de l'économie

Vu le contexte exceptionnel, le Covid-19 se présente comme le nouvel ennemi de l’emploi et de l’économie. L'ampleur de l'épidémie brise notre volonté de travailler, jusqu’à quand ? Le travail devient une rareté. En attendant, nos politiques veillent à ce que nous ne manquons de rien. Nous voilà payés à rester à la maison.

La banque centrale européenne (BCE) injecte des liquidités dans l’économie pour calmer la nervosité des marchés. Toutefois, la planche à billets n’a jamais été un sésame. Il faudra se résoudre à relancer l'économie et à faire fi de notre déficit budgétaire. Cela fait plus de quarante ans que notre pays vit au-dessus de ses moyens. Une année de plus ne change pas grand chose. Malgré tout, celle-ci risque de rester dans nos mémoires. Elle annonce une récession comme nous en avons jamais vue.

Cette énième relance devra surmonter notre mise en quarantaine généralisée. Il faudra à nouveau rendre notre pays productif. Ce sera très compliqué car nous aurons fait l’inverse durant des mois. Une injonction paradoxale qui nous interroge sur notre capacité à rembourser toutes ces dettes accumulées par imprévoyance et déresponsabilisation ? Il faudra que le pays redevienne compétitif (sic) pour retrouver le chemin de la croissance.

Le confinement possède des vertus

Cependant, après le passage du Covid-19, nous nous comporterons peut-être autrement. Nous polluerons moins et consommerons moins de choses inutiles à notre bien-être. Sans le vouloir, nous participons déjà à la réduction de l’empreinte écologique en laissant notre voiture au garage.

Contrairement aux idées toutes faites, le confinement possède des vertus. Malgré l’enfermement prolongé, il permet de passer du temps en famille, de prendre son temps, de lire, d’aller sur les réseaux sociaux et de regarder la télé ou les plates-formes de vidéo à la demande. En clair, il donne l’occasion de prendre du recul, d'échapper à une partie des contraintes courantes, tels que le surmenage, le stress et le mal-être au travail ou à l'école. Cette assignation à résidence donne une place inédite au télétravail.

Le télétravail, synonyme de travail à la maison, illustre l’arrivée massive dans notre quotidien des technologies de l’information et de la communication (TIC). Les limites entre vie professionnelle et vie privée deviennent indéfinissables. L'apologie du temps libre et des 35 heures parait dépassée. Le travail repasse par la fenêtre, plus précisément par le biais de notre smartphone ou de notre ordinateur.

Pour certains métiers, comme celui de comptable ou d’informaticien, cela pose moins de problèmes. Quant aux métiers qui nécessitent des relations humaines et une présence physique, les choses se transforment en casse-tête. C’est le cas des commerçants, des restaurateurs, des hôteliers, des professionnels de l’immobilier, des métiers du social, des professions médicales et paramédicales, des activités de conseil et de l’enseignement, etc. La liste est sans fin… La vie en groupe se trouve stoppée, au même titre que la consommation, le temps de juguler l’épidémie.

Le Covid-19 sera-t-il le déclencheur du changement ?

Yuval Noah Harari, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, estime que nos sociétés vont devoir faire des choix primordiaux dans les prochains mois (1). « D’ici la fin de l’année, nous vivrons dans un nouveau monde. Il faut espérer qu’il sera meilleur. Nous sommes dans un vortex historique », dit-il. Emportés par un tourbillon qui nous dépasse tous. Ce qui semblait impossible hier devient possible aujourd’hui. Il cite l'exemple des robots pour s’occuper des personnes âgée et celui de l’accroissement probable de l’enseignement à distance. L’auteur du best-seller international « Sapiens, une brève histoire de l’humanité », n’imagine pas impossible non plus l’instauration d’un revenu de base, une idée encore naïve pour beaucoup de nos hommes politiques.

Le Covid-19 sera-t-il le déclencheur du changement ? Vraisemblablement, mais un changement dont nous ne savons pas de quoi il sera fait.

Au moment du déconfinement, des précautions seront prises. Il faudra reprendre le chemin du travail. Certainement, suivre les consignes officielles. Dans un premier temps, moins consommer, moins circuler, moins produire pour produire, éviter une nouvelle diffusion du virus.

Last but no least, le covid-19 ne devrait pas ôter à l’homme l’envie de travailler et de s’enrichir. Les épidémies, les crises économiques, les guerres, l’innovation technologique et la pression fiscale ne sont pas parvenus à annihiler ce désir profond qui l’anime d’accéder à la prospérité et au bonheur. Cette ambition ultime qui lui donne l’impression encore aujourd’hui de pouvoir payer la note de ses excès et de se projeter dans l'avenir. Le désir de vivre tout simplement.

 

Tribune rédigée par Pierre GANDOSSI pour Efficience Emploi, le 12 avril 2020

 

1) Le point du jeudi 2 avril 2020, n°2484