Insertion des lycéens et des apprentis en 2013

Nous publions une tribune libre de Serge Lafont, ancien président et directeur, à plusieurs reprises, de Centre de formation d’apprentis (CFA) et d’établissements scolaires. Véritable spécialiste de la formation, il sillonne régulièrement la France pour prodiguer ses conseils auprès de la communauté enseignante. Son analyse, simple et concise, nous dévoile le peu de place que notre système éducatif réserve à l’apprentissage, alors qu’il obtient d’excellents résultats, malgré la crise.

 

 INSERTION DES JEUNES SORTANT DE LYCEES & DE CFA EN 2013

 

Les enquêtes « Insertion dans la Vie Active » (IVA) et « Insertion Professionnelle des Apprentis » (IPA), réalisées par la Direction de l’Evaluation, de la Prospective et de la Performance (DEPP) du Ministère de l’Education Nationale, existent depuis le début des années 1990. Elles rendent compte de la première insertion professionnelle des sortants des formations professionnelles et technologiques de lycée, pour la première enquête, et des sortants des CFA, pour la deuxième. Elles sont réalisées 7 mois après la fin de leur formation. Le taux de réponse est d’environ 50%. Le tableau ci-dessous regroupe les résultats les plus significatifs. Les 2 notes publiées récemment apportent des informations complémentaires concernant les taux d’insertion selon le domaine de spécialité et l’académie où les jeunes sont scolarisés.

 

Niveaux Emploi Garçons Filles CDI Production Service
Lycée Appr Lycée Appr Lycée Appr Lycée Appr Lycée Appr Lycée Appr
Sans aucun diplôme 22,4 34,8 22,7 35,3 22,1 33 35 53,1 21 31,9 23,5 41,7
Brevet des collèges, CFG 26,5 34,1 27,7 34,3 24,8 33,7 38,6 45,1 24,4 32 27,6 38,4
CAP ou BEP 32,4 53,2 32,3 56,3 32,5 47 34,5 53,2 29,7 55,1 34,5 50,6
Baccalauréat Professionnel 46,5 61,6 48,1 75,8 44,2 66,2 34,6 61,6 47,6 76,1 45,7 67,6
Bac Général et technologique 51,1 74,5 50,5 70,8 51,6 77,1 33,2 57,5 48,5 70,9 51,7 75,9
BTS 61,4 77,9 60,9 79,9 61,8 74,8 37,4 57,3 61,4 81,2 61,3 75,2
Source : MEN-MESR DEPP, Enquêtes IPA & IVA 2013 – Notes d’information n°04 et 09 de mars et avril 2014

 

Selon l’auteur de ces 2 notes, « En février 2013, 65% des jeunes ont un emploi 7 mois après la fin de leur apprentissage »[1]. Ces chiffres sont d’autant plus importants à souligner si on les confronte à ceux des lycéens. La même source statistique indique en titre d’une autre note[2] que « En février 2013, 43% des jeunes sortants de lycée ont un emploi 7 mois après la fin de leurs études ». C’est donc un écart de 22 points qui séparent les 2 voies de formation dans l’accès au travail, au bénéfice de l’apprentissage. Il faut ajouter à ceci un autre élément distinctif fondamental : non seulement les apprentis ont un taux d’insertion bien plus élevé que les lycéens, mais encore, lorsqu’ils travaillent, ils ont majoritairement un emploi à durée indéterminée (59%), alors que ce type de contrat ne concerne que 38% des jeunes travaillant après des études en lycée.

 

Le diplôme demeure toujours déterminant dans l’insertion des jeunes. Le taux de chômage atteignait 47% en 2012 chez les actifs récents non diplômés. Selon la note d’information de la DEPP, en ce qui concerne les apprentis, « Plus des ¾ des diplômés de BTS travaillent contre 1/3 des sortants sans aucun diplôme ». Mais, a contrario, « Un peu plus d’1 jeune sur 2 (55%), sortant d’apprentissage sans diplôme ou possédant uniquement le brevet des collèges, est au chômage (sans emploi et en recherchant un) en 2013 ». Mais, là encore, avoir suivi ses études par la voie de l’apprentissage est un atout par rapport à un cursus sous statut scolaire, à tous les niveaux de diplôme et même pour les non diplômés : le taux d’insertion d’un jeune ayant obtenu son BTS en lycée est de 61,4% contre 77,4% en apprentissage ; celui d’un jeune sans diplôme est de 22,4% quand il sort du lycée et de 34,8% quand il vient d’un CFA.

 

La spécialité de formation influe aussi sur les débuts de carrière. Ainsi, « Le taux d’emploi après une formation dans le secteur des services (67%) est globalement supérieur à celui après une formation dans le secteur de la production (64%) ». La situation était inverse avant la crise, car le domaine de la production est le premier touché en cas de difficultés. Inversement, les services embauchent plus les jeunes les moins diplômés. Mais, le taux d’emploi 7 mois après la fin des études dépend fortement de la spécialité. Ainsi, donne-t-on l’exemple de jeunes ayant un baccalauréat professionnel dont le taux d’emploi varie de 65% pour la spécialité des technologies industrielles à 82% dans la spécialité du bâtiment ou celle du génie civil. De même, pour une spécialité donnée, l’insertion peut être très favorable pour un niveau de diplôme et faible pour un autre. Dans le domaine des services, l’informatique (82%) et la santé (85%) ont des taux d’emploi nettement supérieurs à la moyenne. Toutefois, la première exige un BTS ou un diplôme plus élevé, mais forme peu de jeunes en-deçà. La seconde offre des taux d’emploi plus favorables que la moyenne à partir d’un CAP. Le tableau, réalisé à partir des 2 notes de la DEPP, comparant les taux du même public jeune en fonction de sa voie de formation (statut scolaire ou apprentissage) en dit bien plus que tout discours. Il met particulièrement en exergue cette incohérence paradoxale des comportements, aussi bien de la part des familles que des prescripteurs de formation, surtout des acteurs de l’Education Nationale, qui privilégie la voie scolaire et maintient une représentation dévalorisante de l’apprentissage, alors que c’est là que réussissent le mieux ceux que l’on croyait incapables et que l’on a… «orientés», selon la formule pudique utilisée. Par contre, si certains ont compris où se trouvait le bon choix, ce sont bien les professionnels chargés du recrutement.

Serge LAFONT – 05/04/2014

[1] Note d’information n°4 – Ministère de l’Education Nationale DEPP – Mars 2014

[2] Note d’information n°9 – Ministère de l’Education Nationale DEPP – Avril 2014