La France souffre d’une pénurie de main-d’œuvre

La France souffre d’une pénurie de main-d’œuvre, malgré un taux de chômage très élevé (8,7%). En comparaison, le taux de chômage dans l’union européenne ne dépasse pas 6,5% et 7,8% dans la zone euro. Il est à 3,2% en Allemagne (fév 2019).

L’origine de ce fléau provient d’une image dégradée de certains métiers et d’une assurance chômage trop généreuse. Elle dérive également de l’inefficience des politiques de l’emploi, en particulier de Pôle Emploi et de la formation professionnelle. Elle résulte surtout d’une accoutumance des français à réclamer l’aide de l’État en toute circonstance.

Le haut niveau des dépenses publiques (56% du PIB) et des prélèvements obligatoires (45% du PIB) en est la traduction la plus évidente (chiffres Insee pour 2018).

 

Une image dégradée de certains métiers

 

La france souffre d'une pénurie de main-d'oeuvre

La moitié des employeurs pense se heurter à des difficultés de recrutement.

Pôle Emploi vient de publier une enquête annuelle sur les intentions d’embauches des entreprises pour 2019. Celles-ci disent vouloir embaucher 2,7 millions de personnes (+15% par rapport à 2018).

Hélas, plus de la moitié pense se heurter à des difficultés de recrutement. Les candidats s’avèrent difficile à trouver ou ne disposent pas des compétences requises. Les grandes entreprises engagent des profils déjà qualifiés, tandis que les PME et les TPE se contentent des personnes les moins formées. Les risques pris se soldent parfois par des échecs et des pertes de marché qui ne donnent pas envie de réembaucher.

Plusieurs secteurs sont touchés : l’industrie, le bâtiment, les services à la personne, le nettoyage, l’hôtellerie-restauration, les espaces verts, la logistique, les transports, l‘informatique, la comptabilité, la santé et bien d’autres encore... Des employeurs affichent leur désarroi en pleine rue.

La France souffre d'une pénurie de main-d’œuvre. Cette pénurie concerne surtout des métiers manuels, mais aussi des professions intellectuelles.

Sans faire « d’inventaire à la Prévert », notre pays manque de chaudronniers, de carrossiers, de mécaniciens, de maçons, de couvreurs, de plombiers, de peintres en bâtiment, de jardiniers, de coiffeurs, d’aides ménagères, d’auxiliaires de vie, d’agents d’entretien, de cuisiniers, de serveurs, de logisticiens, de chauffeurs livreurs, de chauffeurs routiers, de conducteurs de bus, d’ingénieurs, d’informaticiens, de comptables et de professionnels de santé… Nombreux sont les métiers touchés par cette pénurie de main-d’œuvre.

 

Des conditions de travail jugées difficiles

 

La France souffre d'une pénurie de main d'oeuvre

Du côté des employeurs, on évoque entre 300 000 et 500 000 emplois non pourvus

Outre les emplois qui exigent plusieurs années d’études supérieures, les autres ne réclament pas un niveau formation très élevé. Les raisons principales de leurs rejets sont le fait qu’ils soient associés à des tâches peu captivantes et à des conditions de travail jugées difficiles : salaire minimum, horaires décalés, contrats courts (CDD, temps partiel), pénibilité du travail, problèmes de transport, absence de mode de garde pour les enfants… La liste des griefs est longue et presque sans fin.

Leur manque d’attractivité finit par leur porter préjudice. Cela incite certains employeurs à investir dans les machines ou à s’implanter ailleurs qu’en France ; là où la main d’œuvre est moins chère et plus docile. D’autres font appel à une main d’œuvre étrangère provenant de pays où les « acquis sociaux » sont moindres ou inexistants : travailleurs détachés, immigrés, voire clandestins.

Du côté des employeurs, on évoque entre 300 000 et 500 000 emplois non pourvus. La fourchette reste assez large ! Du côté des syndicats, on parle de fantasme et d’exagération. La controverse est à son comble ! Pour eux, les entreprises proposent des postes et des salaires loin d’être toujours intéressants. Les petits boulots n’offrent pas d’avenir. Au contraire, ils fractionnent la vie professionnelle et obligent à accepter de se retrouver périodiquement au chômage.

Beaucoup de représentants du personnel estiment que les politiques d’exonérations de charges ne servent à rien. Les employeurs insistent, sans ces dispositions, le rendement des entreprises devient compliqué, les embauches aussi.

Au final, les demandeurs d’emploi savent qu’en boudant les emplois existants, il est difficile de trouver du travail. Les salariés savent aussi que si les salaires montent trop vite, les entreprises perdent en compétitivité, contraintes parfois de licencier.

 

La France souffre d'une pénurie de main-d'oeuvre

La France souffre d'une pénurie de main-d’œuvre. Des employeurs affichent leur désarroi en pleine rue

 

 

Une assurance chômage trop généreuse

 

Lorsque l’économie gagne en croissance, les principales organisations patronales préconisent une dégressivité mécanique des allocations chômage dans la durée, comme cela se passe dans d’autres pays, par exemple, en Espagne et en Italie. Les syndicats ne veulent pas en entendre parler. A leurs yeux, les employeurs portent la responsabilité du chômage et non les salariés.

Évidemment, les chômeurs ne sont pas responsables de ce qui leur arrive. Les punir parce qu’ils ne trouvent pas de travail relève de l’injustice et du mépris. Appliquer une dégressivité aux personnes ayant cotisé 20 ou 30 ans avant de se retrouver sans emploi est déplacé. En revanche, les chômeurs qui refusent un CDI ou une formation, après avoir été sans emploi à plusieurs reprises ou pendant un temps long (plusieurs années), cela pose un problème au système tout entier.

Toutefois, quand ces emplois représentent des contrats courts ou précaires (emplois de moins de 3 mois) faisant appel à une main d’œuvre interchangeable, il ne faut pas s’étonner de leurs rejets, surtout s’il existe à côté un filet social, comme l’assurance chômage ou d’autres revenus sociaux permettant de survivre un temps sans travailler.

D’autant que les CDD sont mieux payés en proportion que les CDI grâce à une prime de précarité qui représente 10% de la rémunération totale perçue durant la période travaillée.

Pour 1 chômeur sur 3, le cumul salaires/allocations chômage constitue « la norme », un véritable problème ! Même si cela ne plait pas à tout le monde, il peut y avoir un intérêt à se retrouver au chômage, surtout quand on est sûr de pouvoir retrouver un emploi. Le système d'indemnisation favorise l'intermittence ou la "permittence" plutôt que l'emploi durable.

En vérité, c’est l’état du marché et des entreprises qui conditionne le chômage. Il touche en premier lieu les salariés les moins qualifiés, les jeunes et les plus de 50 ans. Trouver un fautif ne permet pas au débat d’évoluer. Les entreprises et les salariés restent aussi des consommateurs : sans eux, moins de croissance et plus de chômage.

 

Le salarié le plus taxé au monde est français

 

Faute d’accord entre les partenaires sociaux, l’avenir de l’assurance chômage se retrouve entre les mains du gouvernement d’Édouard Philippe. Celui-ci envisage une réduction des conditions d'éligibilité et une dégressivité (ou un plafonnement) des indemnités journalières attribuées aux cadres. Il prévoit aussi l'application d'un bonus-malus en défaveur des entreprises pourvoyeuses de contrats courts.

Une taxation supplémentaire probablement plus importante que celle décrétée en 2013. Elle concerne en théorie plusieurs secteurs d’activités : l’industrie, le bâtiment, l’intérim, l’hôtellerie-restauration, les services à la personne, pour ne citer que ceux-là. Des secteurs qui emploient une main d’œuvre nombreuse et pas toujours qualifiée. On peut se demander si les taxer davantage aura une quelconque efficacité ? Compte tenu qu'ils bénéficient d’exonérations de charges, pour certains de crédits d'impôts et d'une dispense de prime de précarité… A l'image des contrats d'usage dont l'utilisation se justifie par la nature temporaire et la spécificité de l'activité (ex: contrats saisonniers).

A notre avis, la taxation répétée des contrats courts ne suffit pas à enrayer la précarité grandissante du marché du travail. Elle peut être même contreproductive en participant à la remontée du coût du travail et à l’aggravation du chômage. En particulier, si elle touche des TPE, des PME ou des entreprises en difficulté. Tout cela devrait se traduire par une taxation limitée à quelques secteurs d'activités.

Pour être utile, cette taxation doit se polariser sur les grandes entreprises, celles qui font appel massivement à l’intérim ou aux CDD. Mais est-ce que cela ne deviendra pas un argument pour justifier leurs délocalisations ? En effet, le salarié le plus taxé au monde est français, souligne l’OCDE.

Bruno Coquet, économiste, spécialiste de ces questions, préconise d’augmenter la contribution de l’administration au financement de l’assurance chômage. Pour lui, les réformes relatives au secteur privé doivent impliquer aussi le secteur public. C’est une question d’égalité de traitement, les fonctionnaires n’ont pas à être dissociés du financement de la protection sociale, particulièrement du chômage : « on ne peut pas continuer, dit-il, à essayer de réformer l’économie française en laissant à l’écart l’administration. » Difficile de lui donner tort (1).

Toutefois, contrairement à lui, nous pensons que laisser les demandeurs d’emploi à l’écart des réformes n’est pas une solution non plus. Même si leur situation, pour la grande majorité d’entre eux, ne relève pas de leur responsabilité.

Lire notre article : Politique de l’emploi, choisir la réforme

 

Des mesures idoines doivent concerner aussi les demandeurs d’emploi

 

Selon le gouvernement et les syndicats de salariés, la mise en place d’une taxation sur les contrats très courts se justifie pour limiter leur prolifération. Mais son efficacité demeure aléatoire, comme nous venons de le préciser.

En France, les dispositions et les règles en vigueur nécessitent l’utilisation de CDD pour fluidifier le marché de travail, notamment pour faire face à des surcroits d’activité ou des remplacements, voire pour embaucher des jeunes ou des publics prioritaires en difficulté.

Selon nous, des mesures idoines doivent concerner aussi les demandeurs d’emploi

La France consacre 1,5% de son PIB à l’assurance au chômage, contre 1 point en moyenne dans l’union européenne. Pour parvenir à 1 point de PIB, comme les autres pays, il faut réduire les dépenses de l’assurance chômage d’au moins 5 milliards d’euros. Cela parait possible.

En 2018, l'UNEDIC accusait un déficit de 36 milliards d'euros

Ce demi-point supplémentaire de PIB consacré à l’assurance chômage en France explique en partie pourquoi elle souffre d’une pénurie de main d’œuvre. Pour éviter que cet écart s’accroisse, les droits au chômage doivent être revus à la baisse. Cela nécessite une réduction des conditions d’éligibilité au régime d’assurance chômage et une diminution de la durée des allocations. Bien entendu, dans des proportions raisonnables (2).

A plusieurs reprises au cours de ces 30 dernières années, les gouvernements ont fait pression sur l’UNEDIC, organisme gestionnaire de l'assurance chômage, pour qu’elle fasse des efforts supplémentaires en faveur d’un certain nombre de chômeurs : les salariés en CDD, les intérimaires et les intermittents du spectacle. Des régimes annexes qui coûtent cher à l’assurance chômage : entre 2 et 3 milliards d’euros par an. Comme cela ne suffit pas, s’ajoute le financement aux 2/3 de Pôle Emploi dépassant les 3 milliards d'euros. En 2018, l’UNEDIC accusait une dette estimée à 36 milliards d’euros, causée en grande partie par la prise en charge de ces régimes annexes et du fonctionnement de Pôle Emploi.

Première mesure possible : Il suffit d’avoir travaillé 4 mois (610 heures) dans les 28 derniers mois pour être éligible à l’assurance chômage, ce qui constitue la période la plus courte des pays de l’OCDE (507 heures par an pour les intermittents du spectacle).

En effet, 4 mois de travail dans les 28 derniers mois paraissent une période de travail trop courte pour bénéficier de l’assurance chômage. Une période de travail plus longue : 6 mois dans les 12 derniers mois ou 12 mois dans les 24 ou 36 derniers mois, semble préférable. Cela mettrait un coup d’arrêt à un certain nombre de comportements problématiques, tant du côté des employeurs que des salariés. Des attitudes qui encouragent la précarité, le retour au chômage, l’inactivité, voire l’extension du travail non déclaré.

Pour les intermittents du spectacle, le coût supplémentaire supporté par l'UNEDIC doit être reporté sur le budget de l’État.

Deuxième mesure possible : il faut réduire la durée maximale d’indemnisation, l’une des plus élevée des pays développés : 24 mois pour les moins de 55 ans, 36 mois au-delà. 18 ou 12 mois paraissent une limitation correcte ; 30 ou 24 mois pour les plus de 55 ans. En 2017, les 36 mois d’indemnisation s’appliquaient aussi aux plus de 50 ans

Troisième mesure possible : Il faut revenir sur les droits rechargeables et l’activité réduite, principalement des moins de 50 ans. Les deux favorisent l’expansion et les méfaits des contrats de travail de courte durée.

Quatrième mesure possible : il semble intéressant, comme le proposent certains économistes*, de moduler les cotisations et les allocations chômage en fonction de la conjoncture économique et du comportement des demandeurs d’emploi. Par exemple : au-delà d’un seuil de 1% de croissance, 0,1 point en plus permettrait de baisser d’un certain pourcentage (à déterminer), les allocations versées aux demandeurs d’emploi. Pour maintenir leur niveau d’allocations, ceux-ci seraient incités à signer un contrat d’engagement réciproque, fait de droits et de devoirs (application d’éventuelles sanctions), avec Pôle Emploi ou le service ad-hoc, chargé de leur accompagnement.

En contrepartie, le recours systématique aux CDD ultracourts serait pénalisé par une hausse des cotisations en tenant compte de la conjoncture économique et d'une médiane de contrats signés par les entreprises du secteur concerné. Les entreprises recourant aux CDI verraient leurs cotisations diminuées.

*Lire notre article : l’assurance chômage, est-elle un frein au retour à l’emploi ?

La difficulté de taxer les CDD ultracourts, comme nous l’avons dit plus haut, est de mettre tous les employeurs sur la même ligne. Sa faisabilité nécessite de faire des exceptions en faveur de plusieurs secteurs d'activités, des TPE, des PME et des entreprises en difficulté, notamment celles qui embauchent certains publics prioritaires : jeunes primo-arrivants sur le marché du travail, demandeurs d’emploi sans qualification, chômeurs de longue durée, bénéficiaires des minima sociaux, handicapés, etc.

Lire notre article : Faut-il instaurer un contrat unique de travail ?

Cinquième mesure possible : il faut diversifier l’offre de services en faisant appel davantage au secteur privé (lucratif et associatif) et conditionner l’indemnisation à l’accompagnement des chômeurs.

Pôle Emploi montre chaque jour ses limites, comme toute structure monopolistique qui éprouve des difficultés à se remettre en cause.

Pôle Emploi montre chaque jour ses limites, comme toute structure monopolistique qui éprouve des difficultés à se remettre en cause. Aucun outil ne permet de mesurer ses coûts et ses performances en matière d’accompagnement et de placement des demandeurs d’emploi. Le bien-fondé des dispositifs, dont elle assure l’animation et la gestion pour le compte de l’État, n’est ni commenté, ni évalué au grand jour. La question demeure politique, donc en dehors de son champ de compétences.

 

La prolifération des sites internet dédiés au recrutement doit amener les pouvoirs publics à réfléchir. Leur attention doit se polariser sur les moins qualifiés et les dispositifs qui les aident à entrer ou revenir sur le marché de l’emploi. Les nombreuses politiques de l’emploi menées jusqu’à présent n’ont pas abouti aux résultats escomptés. Elles ont servi à amortir les chocs économiques sans pouvoir les infléchir.

Ce qui était acceptable hier ne l’est plus aujourd’hui. L’essor de l’économie numérique entraine une remise à plat du rôle de Pôle Emploi, une maison beaucoup trop administrative et centralisée pour être efficace.

Pourtant, les pouvoirs publics lui ont confié les pleins pouvoirs. Une manière pour le politique et la haute fonction publique de continuer à contrôler le marché de l’emploi. Si l’État se mêle de tout et impose sa loi, comment le professionnalisme peut faire ses preuves et gagner en efficience ?

Une ouverture plus nette au secteur privé donne l’occasion aux politiques de l’emploi de se renouveler en profondeur. Son activation rend possible l’élaboration d’une grille de lecture qui permet d'apprécier la performance des opérateurs, chargés de l'accompagnement et de la formation des demandeurs d'emploi.

L’intérêt de toutes ces mesures est de responsabiliser les entreprises, les pouvoirs publics et les demandeurs d’emploi.

Lire nos articles : la méthodologie Efficience Emploi et les inconvénients du tout public

 

 

La liberté de choisir son avenir professionnel reste très encadrée

 

 

Au regard des pouvoirs publics et des partenaires sociaux, les entreprises restent les principales responsables de la formation professionnelle des salariés. Elles jouent donc un rôle majeur dans l'amélioration de leurs qualifications. 1% de la masse salariale brute (0,55% pour TPE de moins de 10 salariés) est réservé de manière obligatoire à la formation de leurs personnels.

L'idée principale remonte au début des années 70 (loi Delors), quand le législateur voyait d'un bon œil le fait de contraindre les employeurs à promouvoir la formation professionnelle continue des salariés. A cette époque, le chômage était encore très bas. Depuis, il est monté très haut, d'où l'apparition du concept de formation tout au long de la vie. En 2014, à l'obligation de financement s'est ajoutée l'obligation de formation de tous les salariés. Une contrainte à laquelle personne n'était habituée...

Le maintien d’un tel système protège d’abord ceux qui détiennent un emploi, de surcroît les plus qualifiés, plus enclins à admettre une progression de leurs compétences pour rester employables. Encore que, d'après certaines études, la moitié des métiers devrait être transformée par des mutations technologiques à l'horizon de 2030. Un sur cinq ou un tiers pourrait même disparaitre avant 2050.

Les demandeurs d’emploi relèvent eux des politiques de l’emploi menées par les pouvoirs publics. Bref, de choix politiques qui aspirent à corriger les imperfections du marché ou d'élus qui ambitionnent de se faire réélire au terme de leurs mandats.

La disparition du congé individuel de formation au profit du compte personnel de formation (CPF) monétisé montre que les pouvoirs publics souhaitent donner un peu plus de droits aux salariés et aux demandeurs d'emploi. Malgré cela, le CPF demeure modérément financé. 5000 ou 8000 euros au bout de dix ans d’expérience, cela ne suffit pas à changer le système que nous connaissons aujourd’hui.

Même si un couplage parait possible avec d'autres aides financières. « La liberté de choisir son avenir professionnel », prévue par la loi, reste très encadrée. Elle découlera de France Compétences, une agence publique chargée de réguler les fonds obligatoires consacrés à la formation professionnelle et à l'apprentissage.

Elle résultera aussi des opérateurs de compétences (OPCO) au service des branches professionnelles, réunis en onze familles de métiers, mais aussi des budgets octroyés par l’État au service public de l’emploi et aux collectivités territoriales (Régions principalement). L'URSSAF collectera une contribution unique à partir de 2021.

 

L’interventionnisme de l’État reste la règle

 

En d'autres termes, le citoyen lambda se formera de préférence dans un secteur d’activité qui recrute. Il devra se plier aux normes imposées pour obtenir le financement dont il a besoin. La nouvelle organisation choisie se veut réaliste, mais aussi délicate à gérer que la précédente. L’interventionnisme de l’État reste la règle. Son efficience ne saute pas aux yeux. Tout dépendra de la volonté des acteurs, du prix des formations et des moyens financiers consentis pour qu’elle fonctionne à plein régime !

Doit-on continuer à fixer un quota aux entreprises pour qu'elles financent la formation professionnelle de leurs salariés ? Ne faut-il pas plutôt se résoudre à une simple contribution en faveur de l'apprentissage et des chômeurs les moins qualifiés? En effet, le nombre d'apprentis et de chômeurs non qualifiés en formation demeure insuffisant.

Lire nos articles dans la rubrique formation

Le Président de la République a promis plusieurs milliards d’euros pour la formation professionnelle pour les jeunes et les chômeurs de longue durée, un plan d’investissement dans les compétences. La formation professionnelle n’est pas une solution-miracle : son application exige une expertise régulière de son impact sur l’emploi. Un exercice difficile en France, les rentes institutionnelles et la présence de plusieurs lobbys ne permettent pas à cette idée de faire son chemin dans un contexte social apaisé. Le financement des organisations syndicales est en jeu.

 

 

Aucune sécurité sociale n’est définitive sans création de richesses

 

 

La faible représentativité des partenaires sociaux pose problème. Les syndicats sont trop nombreux et trop petits pour prendre le pouvoir. L’État finit par suppléer par défaut à l'absence d'unité syndicale et au manque de dialogue social. Il régule la négociation collective au nom de l’intérêt général. La négociation collective devient un enjeu politique au lieu de rester un enjeu économique et social aux mains des entreprises.

Cette accoutumance des français à demander l’aide de l’État en toute circonstance est ancrée chez la plupart d’entre eux. Souvent, elle s'exprime, toutes catégories sociales confondues, par une recherche de protection ou par une aversion envers le risque, la concurrence et l’innovation. Leur besoin insatiable d’État vient peut-être de là ? Il correspond à l'histoire de notre pays et à l'héritage de nos institutions. Le marché et les entreprises ne bénéficient pas d'une reconnaissance comparable.

La France souffre d'une pénurie de main-d'oeuvre

La propension de l’économie française au social-étatiste ne fait aucun doute. D’où une « préférence » pour le chômage qui se solde par une pénurie de main-d’œuvre.

Cette accoutumance à demander l’aide de l’État semble être la cause principale du chômage élevé et de cette pénurie de main d’œuvre si inquiétante pour l’avenir du pays. Le haut niveau des dépenses publiques (56% du PIB) et des prélèvements obligatoires (45% du PIB) en est la traduction la plus évidente (chiffres Insee pour 2018).

La propension de l’économie française au social-étatiste ne fait aucun doute. D’où une « préférence » pour le chômage qui se solde par une pénurie de main-d’œuvre.

Comme certains mouvements politiques et courants de pensée l’invitent à le faire, la France doit cesser de croire que l’État sera toujours présent pour lui donner la main. Elle doit cesser de mépriser le travail (3) et l’esprit d’entreprise. Aucune sécurité sociale n’est définitive sans création de richesses.

 

Tribune rédigée par Pierre GANDOSSI pour Efficience Emploi le, 30 mai 2019

 

Notes :

 

(1) Cette proposition remonte à une période qui devance la décision gouvernementale de remplacer les cotisations salariales liées au chômage par la Contribution Sociale Généralisée (CSG).

Un avenir pour l'emploi, sortir de l'économie administrée, Bruno Coquet, Odile Jacob, mai 2017

 

(2) Nous sommes conscients qu’il s’agit de mesures impopulaires. Des voix hostiles s’y opposeraient estimant que ce sont aux entreprises et aux plus riches de payer. Mais entre le RSA, l’allocation spécifique de solidarité, l’assurance chômage, la prime d’activité (sans compter le manque à gagner du travail non déclaré), le coût du traitement social du chômage s’élève déjà à plus de 50 milliards d’euros, soit 2,12% du PIB français en 2018. Un budget qui correspond presque au déficit public de la France en 2018, évalué à 59,6 milliards d’euros (2,5% du PIB).

Pour en savoir plus : www.lafinancepourtous.fr

(3) Lire l’excellent article de Nicolas Baverez : Ce pays où l’on méprise le travail, publié dans le magazine Le Point, le 25 avril 2019