Constituer des réseaux au service de l’économie et de l’emploi

Entretien avec André Cros, vice-président de Hauts-de-Seine Initiative (HDSI), fondateur du réseau d'entreprises Convergences et animateur du club "Ensemble pour l'emploi de Rueil"

 

Les créateurs d'entreprise en France disposent d'une vaste panoplie d'aides financières publiques. Certaines se superposent, voire se concurrencent (1). Si les montants accordés sont faibles, la totalité des fonds engagés est considérable: 60 milliards d'euros par an d'après le cabinet Ernst & Young (Baromètre de l'entrepreneuriat, février 2013). La Cour des comptes ne donne pas de chiffre précis, mais relève que les sommes en jeu sont considérables, sans que l'on sache vraiment si elles sont efficaces (Rapport sur les dispositifs d'aide à la création d'entreprise, 2012). Les dispositifs et les sources de financement sont multiples, tant du côté de l’État, de ses opérateurs (Oséo, Pôle Emploi, sécurité sociale, assurance chômage) et de la Caisse de dépôts et consignations, que du côté des collectivités territoriales (communes, intercommunalités, départements et régions). Dans ces ces conditions, comment mesurer leur efficience? Pour cette raison, nous avons voulu interroger un acteur impliqué sur le terrain pour connaître son avis. Selon lui, cela dépend surtout de la sélection des projets.

 

André Cros est né en 1939. Après un doctorat en sciences économiques, il a effectué la moitié de sa carrière professionnelle au sein de l'entreprise Saint Gobain et l'autre moitié en tant que PDG de sa propre entreprise d’ingénierie, Acoustique et Conseil. Il a été pendant 20 ans Maire-adjoint à l'économie et à l'emploi de la ville de Rueil-Malmaison. Aujourd'hui, il est vice-président de Hauts-de-Seine Initiative (association qui soutient la création de TPE et de PME). Il est le fondateur de "Convergences", un réseau privé, bénévole et citoyen, dédié à l'action économique et à l'emploi qui regroupe plusieurs entreprises basées sur les villes de Rueil-Malmaison et Nanterre. Il est également l'initiateur et l'animateur de "Ensemble pour l'emploi à Rueil", un club informel, sans hiérarchie et président, qui s'efforce de favoriser la coopération entre les acteurs locaux dans les domaines de l'emploi et de la formation.

 

Efficience Emploi: merci Monsieur Cros de nous recevoir dans vos locaux de Rueil. Sans revenir dans le détail sur le contenu de votre engagement local, pouvez-vous nous présenter les actions menées par l'association Hauts-de-Seine Initiative (HDSI), dont vous êtes le vice-président?

André Cros: depuis 1999, Hauts-de-Seine Initiative (HDSI) est membre des réseaux France Active et Initiative France. L'association a pour vocation de favoriser les initiatives créatrices d’emplois dans le département des Hauts-de-Seine. En soutenant des porteurs de projets, HDSI promeut la création d’emplois durables, non délocalisables et participe ainsi au développement économique du territoire des Hauts-de-Seine.
HDSI met à disposition des créateurs d’entreprises ou de structures s’inscrivant dans l’économie sociale et solidaire des outils innovants d'expertise et de financement (prêts à taux zéro, garanties bancaires, ateliers, accompagnements et parrainages) permettant la réalisation et la réussite de leurs projets.

Efficience Emploi: concrètement, comment cela fonctionne?

Hauts-de-Seine Initiative (HDSI) est redevable de deux entités nationales qui apportent des financements aux entreprises, sous forme de prêt d'honneur à taux zéro. La première est France Active, présidée par Christian Sautter, ancien ministre socialiste de l'économie et de finances. En tant qu'association d'utilité sociale, France active est plutôt tournée vers l'économie sociale et solidaire (ESS). Elle aide les demandeurs d'emploi à créer leur propre entreprise et au financement des entreprises solidaires (associations, coopératives, entreprises d'insertion, etc.). La deuxième est Initiative France, présidée par Louis Schweitzer, ancien PDG du groupe automobiles Renault, dont les principes fondateurs sont plus proches de l'économie de marché. Il n'en demeure pas moins qu'Initiative France est le premier réseau associatif pour l’accompagnement et le financement de la création et de la reprise d’entreprises en France. Il s'agit d'une fédération de plateformes d'initiatives locales, constituées en association loi de 1901. Ces initiatives visent à dynamiser le tissu économique local et à promouvoir l’esprit d’entreprise.

Ces deux entités ont été créées il y a une vingtaine d'années sous l'égide des pouvoirs publics. Leurs origines politiques sont de gauche et elles ont été portées sur leurs fonts baptismaux par la Caisse des dépôts et consignations. Celle-ci soutient toujours une partie de leurs activités (10%). Les autres financements proviennent du Conseil Départemental des Hauts-de-Seine (45%), des communes et du conseil régional Ile-de-France (10%), de l’État (15%) et de la communauté européenne (20%). Il faut y ajouter quelques financements privés émanant de fondations et de grandes entreprises, comme le Groupe Bouygues.

France active regroupe 40 fonds territoriaux au niveau national, tandis qu'Initiative France en fédère 250 dans la France entière. Outre les prêts d'honneur à taux zéro, ces deux réseaux apportent des garanties financières aux banques pour qu'elles accordent des prêts, sécurisés autour de 65%, aux porteurs de projet ou aux créateurs d'entreprise. Ceux-ci sont repérés et sélectionnés via des relais locaux, constitués pour la plupart de bénévoles et de professionnels aguerris. Ces aides s’appuient sur le dispositif Nacre (nouvel accompagnement pour la création et la reprise d'entreprise), financé par l’État et piloté par la Caisse des dépôts et consignations. Il est destiné essentiellement aux demandeurs d'emploi et aux bénéficiaires des minima sociaux. Celui-ci se déroule en trois étapes normées: avant, pendant et après la création d'entreprise, sans oublier bien évidemment la question du financement. Les accompagnateurs Nacre sont recensés par les pouvoirs publics.

La plupart du temps ces deux réseaux agissent séparément: leurs aides et leurs organisations sont distinctes. A HDSI, nous agissons ensemble. Nous sommes redevables des deux. Les deux réseaux ont simplement décidé de déléguer leurs financements à une seule et même association dans les Hauts-de-Seine qui est la nôtre. Dans un autre département, les choses peuvent se passer différemment.

Efficience Emploi: à ce moment là, les aides des deux réseaux ne sont pas cumulables?

André Cros: tout à fait.  Dans les Hauts-de-Seine, il n'y a pas d'association concurrente ou complémentaire de HDSI. Nous sommes les seuls à représenter le réseau France active et le réseau Initiative France.

Efficience Emploi: à combien se monte votre budget ?

André Cros: pour le fonctionnement, nous disposons d'un million d'euros et d'une vingtaine de salariés. Pour nos prêts, cela oscille entre trois et quatre millions d'euros. Nous distribuons cet argent pour 200 projets, en moyenne, par an. Ce qui est peu pour un département comme celui des Hauts-de-Seine.

Efficience Emploi: quel est la nature du public aidé?

André Cros: lorsque c'est France active, il s'agit de demandeurs d'emploi. Quand cela vient d'Initiative France, il s'agit plutôt de gens en activité. Nous nous intéressons aussi bien aux projets sociaux qu'aux projets plus économiques. Notre positionnement est extrêmement large! C'est -je crois- une spécificité que nous ne trouvons pas ailleurs. HDSI est née dans le sud du département des Hauts-de-Seine, dans des communes plutôt à gauche, sensibles aux idées généreuses et altruistes provenant de personnalités comme Michel Rocard, Edmond Maire et Claude Alphandéry. Ces communes ont créé leur propre association. En réaction, le Département du 92, ayant une majorité de droite, a fondé la sienne. Cela a forcément flashé! Il a fallu dix ans pour arriver à fédérer tout le monde. Maintenant, tout cela fonctionne, sans problème, depuis quinze ans. Mais au début, c'était la guerre! Planchou et les élus de gauche du sud du département n'admettaient pas que les élus de droite, Sarkozy et Devedjean, pour ne citer qu'eux, ne veuillent ni s'entendre, ni fusionner. Il a fallu ruser, négocier, faire des compromis et se répartir les postes de gouvernance pour que cela devienne possible...  Cela a été fait assez intelligemment par Louis Charles Bary, ancien vice-président des industries textiles du MEDEF, patron de l'UDF dans le 92, ancien vice-président du Conseil Général des Hauts-de-Seine, ancien maire et premier adjoint de la ville de Neuilly-sur-Seine et ancien Président de l'OCIL (1% logement).  En tout cas, aujourd'hui, si tu veux un prêt d'honneur à taux zéro, un Nacre et des garanties bancaires, il faut passer par notre association HDSI.

Efficience Emploi: il existe tout de même l'Accre (aide aux chômeurs créateurs ou repreneurs d'entreprise), à laquelle tous les demandeurs d'emploi, inscrits depuis plus de 6 mois et les publics prioritaires ont droit. Nous supposons que votre action s'intègre aussi dans ce cadre légal? (voir l'explication en fin d'article)

André Cros: oui, en général, les bénéficiaires du dispositif Nacre le sont également de l'Accre.

Efficience Emploi: Comment cela se passe avec les communes qui ont pris des initiatives semblables à la vôtre?

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André CROS

André Cros: cela fait plus de 25 ans que je m'intéresse à la création d'entreprise. Lorsque j'étais adjoint au maire de Jacques Baumel, le maire de Rueil-Malmaison à l'époque, j'avais distingué très vite les projets locaux n'ayant besoin de personne pour se faire et ceux qui nécessitaient, pour se développer, de soutiens extérieurs. Même si la ville de Rueil-Malmaison avait les moyens financiers de faire cavalier seul, il paraissait difficile d'imaginer que nous puissions financer et animer dans notre coin un dispositif favorable à la création d'entreprise, sans se soucier des autres communes environnantes. Surtout que nous sentions poindre la montée des intercommunalités. En ce qui me concerne, j'étais plutôt favorable à ce que l'aide à la création d'entreprise soit étendue au département des Hauts-de-Seine.  J'avais monté d'ailleurs une association qui s'appelait Mairies éco-92. Celle-ci avait pour but de se rencontrer entre élus pour savoir ce que l'on faisait les uns et les autres sur le terrain et aussi pour promouvoir la création d'entreprise. J'étais accompagné dans cette démarche par Lionnel Rainfray, lequel est devenu le président de HDSI. Lionnel est un ancien élève de l'ESSEC, il a réussi dans le textile après une carrière d'inventeur et d'entrepreneur. Il a été adjoint au maire de la ville de Colombes. Ensemble, nous avons créé Mairies éco-92. Il vient d'être élu au  conseil d’administration de France active, six mois après avoir été élu à celui d'Initiative France. A un moment donné, il a voulu devenir maire de Colombes, sans succès, il s'est donc recyclé dans l’associatif.

Ainsi, 25 communes du nord au sud du département, de gauche comme de droite, ont fini par s'entendre et n'ont pas eu à le regretter. Cette association a duré 20 ans et a permis à HDSI de se déployer sur tout le département des Hauts-de-Seine. Nous étions un certain nombre à penser que le niveau départemental était le plus pertinent pour agir. D'abord, on a commencé avec les communes intéressées. D'autres, plus hésitantes, leur ont emboité le pas un peu plus tard. En clair, personne n'avait envie de subir la loi de la commune voisine, ni de mettre de l'argent tout seul, il était donc sage de rassembler toutes les collectivités territoriales demandeuses autour d'un projet commun. La Caisse des dépôts et de consignations nous a épaulés dans ce sens, ce qui a permis d'éviter la création inutile d'une multitude de France active et d'Initiative France sur l'ensemble du département des Hauts-de-Seine.

"Les projets que nous soutenons se pérennisent dans 86% des cas"

Efficience Emploi: quels sont les projets financés par HDSI?

André Cros: on regarde tous les projets et on ne se limite pas aux secteurs innovants. Nous examinons de près ceux dont les apports personnels sont insuffisants et ceux pour lesquels les banques sont réticentes à attribuer des financements sans garanties sérieuses. L'idée des penseurs favorables à l'économie sociale et solidaire, tels que Claude Alphandéry et Michel Rocard, était de créer des outils capables de débloquer la situation pour permettre à des demandeurs d'emploi ou à des personnes, sans moyens financiers, de monter leur entreprise pour pouvoir aller jusqu'au bout de leurs projets.

Le prêt à taux zéro est destiné à une personne physique et non à une personne morale (entreprise ou association). Elle s'engage à le rembourser sur une durée de quatre ou cinq ans. Les prêts peuvent aller de 10 000 à 20 000 euros. Nous suivons cela de très près. Nous n'avons pas de spécialités, mais nous ne finançons pas, par exemple, la licence des taxis, comme nous nous méfions de certaines créations dans le e-commerce, où il n'y a ni matériel, ni garanties possibles, outre celles sur un véhicule ou un local. Le porteur de projet rencontre d'abord un administratif ou un opérationnel qui nous donne un premier avis. Ensuite, nous nous réunissons pour donner un avis favorable ou défavorable au projet. Nous balayons tout: l'étude de marché, les clients, l'étude financière, etc. Nous avons reçu, au préalable, le dossier juridique et un dossier technique qui nous aident à nous prononcer. Nous avons quatre comités d'engagement TPE (entreprises de moins de 10 salariés) dans le département, un comité ESS (économie sociale et solidaire) et un comité reprise et transmission d'entreprise, dont la particularité supplémentaire est d'aider les porteurs de projet à financer la croissance ou le développement de leurs entreprises. Pour les TPE, les prêts vont de 10 000 à 20 000 euros et pour les entreprises en croissance, les prêts peuvent aller de 20 000 à 50 000 euros. Nous recevons chaque candidat et nous gérons 4 à 5 dossiers par mois. En ce qui me concerne, je préside le comité d'engagement du centre du département qui regroupe, entre autres, les villes de Nanterre, Rueil-Malmaison et Suresnes. Les comités d'engagement sont composés de bénévoles actifs, aucun ne représente une personnalité morale, tous sont présents en tant qu'experts. Nous avons deux banquiers, un avocat d'affaires, un expert comptable, un membre de la chambre de commerce et d'industrie, un représentant de la chambre des métiers et deux chefs d'entreprise. Huit jours après la réunion du comité d'engagement, le candidat est informé de notre décision.

Efficience Emploi: sur les 200 projets financés, combien sont remboursés?

André Cros: nous avons 1 à 2% de pertes maximum. Nous faisons extrêmement attention à la qualité des projets qui nous sont présentés. Ce n'est pas parce qu'il s'agit d'argent public que nous faisons n'importe quoi. Nous mettons l'accent aussi sur la motivation et la compétence des candidats à la création d'entreprise

Efficience Emploi: combien de projets aboutissent?

André Cros: à cinq ans, les projets que nous soutenons se pérennisent dans 86% des cas, un écart de 36 points avec la moyenne nationale qui se situe autour de 50%. Le système nous permet non seulement de rembourser presque tout, mais aussi d'être très efficaces. Ce résultat positif est à peu près identique dans les autres départements où nos deux réseaux interagissent. Cela prouve la valeur du système mis en place.

Efficience Emploi: comment cela se passe avec d'autres réseaux avec lesquels vous semblez avoir quelques similarités, comme par exemple l'ADIE (agence pour le développement de l'initiative économique)?

André Cros: Hormis les business Angels qui appartiennent à un univers purement spéculatif, où les acteurs mettent leur propre argent, parfois des sommes importantes, le reste relève d'initiatives prises par les pouvoirs publics en lien avec des réseaux de bénévoles. Sur les Hauts-de-Seine, nous essayons de faire en sorte que personne ne se marche sur les pieds. L'ADIE propose des prêts d'honneur de moins de 10 000 euros, HDSI entre 10 000 à 20 000 euros et Entreprendre 92 de plus 20 000 euros. Ce réseau local que je n'ai pas encore présenté appartient au réseau privé, national, "Entreprendre en France", créé par la famille Mulliez du Groupe Auchan. Sur le département, il traite 25 dossiers par an, tandis que HDSI en gère au moins 200. Au départ, chaque réseau faisait ce qu'il voulait. Il a fallu instaurer un peu de cohérence et éviter les doublons. De son côté, l'ADIE finance des petits projets où les besoins de financement demeurent modestes (micro-crédit). L’harmonisation s'est faite progressivement, bien que rien ne soit parfait.

"L'approche des communes est trop administrative et limitée à leurs territoires"

Efficience Emploi: pourtant, beaucoup de communes continuent à communiquer sur le fait qu'elles aident et accompagnent le moindre créateur d'entreprise, est-ce judicieux?

André Cros:  Oui et non. On ne peut pas empêcher les communes de vouloir faire en sorte qu'une entreprise s'installe chez elles. Le hic, c'est qu'une entreprise va où ses affaires la mènent. Avec le temps et la disparition de la taxe professionnelle, le dossier de la création d'entreprise est passé des communes aux intercommunalités. De plus, celles-ci se cantonnent à faire des pré-études, à organiser des manifestations et à mettre en relation les créateurs avec des réseaux ou des organismes, dont l'aide à la création d'entreprise est le métier. Il peut y avoir des exceptions, mais dans la plupart des cas, cela reste de la communication ou de la gesticulation politique, rien d'autre! L'approche des communes est trop administrative et limitée à leurs territoires. Ce qui est utile, outre les moyens financiers, ce sont les bénévoles, les accompagnateurs et les professionnels qui apportent leurs conseils et leur expériences. D'où l'intérêt d'avoir créé, comme je l'ai fait, des réseaux locaux comme Convergences et Émergences (réseaux d'entreprises), reliés à d'autres réseaux, plus conséquents, à l'image de HDSI, de France active et d'Initiative France (voir les liens en fin d'article).

Efficience Emploi: mais alors quel est l'intérêt du club Ensemble pour l'emploi?

André Cros: il s'agit d'une autre affaire, cela fait huit ans que j'ai quitté la mairie de Rueil-Malmaison dans des conditions assez difficiles. A ce moment là, j'ai arrêté la politique. Depuis trois ans, j'ai vendu mon entreprise et quitté la présidence de Convergences que j'avais créé quelques années plus tôt. Je ne me voyais ni partir à la campagne, ni bricoler. Je me suis dit: est-ce que je peux encore servir à quelque chose? Comme le problème numéro 1 de la France actuelle, c'est l'emploi. Pourquoi ne pas faire quelque chose dans ce domaine? J'ai commencé à regarder de près ceux qui agissent en son nom, au niveau local; j'ai été effaré par leur nombre et par le fait que beaucoup ne se connaissent pas. Toutes ces organisations publiques et privées, qui parfois se combattent sans raison valable, n'empDSC_2249êchent pas, hélas, la montée du chômage dans notre pays. Le chef d'entreprise que je suis resté n'arrive pas à comprendre ce gaspillage de moyens et d'énergie. Dans une entreprise, lorsque tu mets plus de moyens humains et matériels, c'est pour obtenir des résultats. Or, là, curieusement, on obtient l'inverse! Je me suis dit à ce moment-là qu'il fallait que je fasse un truc que personne ne faisait. C'est étonnamment ma petite fille qui m'a donné l'idée en soulignant lors d'une conversation que la communication chez les "vieux", comme moi, est souvent verticale avec beaucoup de chefs, alors que chez les jeunes, elle est horizontale, sans autorité, et qu'elle s'incarne dans les réseaux sociaux. Pourquoi ne pas créer un club de rencontres pour l'emploi? Où tous les gens qui disent travailler pour l'emploi pourraient se rencontrer. Au départ, sur la ville de Rueil, j'en ai comptabilisé une trentaine. Aujourd'hui, j'en dénombre une cinquantaine qui sont: soit des services publics ou des organismes qui aident à la création d'entreprise, soit des associations d'aide aux chômeurs ou des structures qui facilitent l'accès à l'emploi et à la formation. Pour que cela prenne forme, selon moi, il fallait ni argent, ni hiérarchie. J'ai donc été voir Patrick Ollier, le maire actuel de Rueil-Malmaison pour qu'il me mette à disposition au moins un local afin de réunir tous les acteurs locaux de l'emploi et de la formation qui interviennent sur la ville. C'est de cette manière que j'ai créé le club "Ensemble pour l'emploi"

Efficience Emploi: quel bilan en tirez-vous?

André Cros: le problème de cette initiative, c'est qu'elle repose sur ma personne. Il faudra que cela évolue. Pour l'instant, il suffit que j'arrête pour que tout disparaisse. Si des gens viennent aux réunions du club, c'est parce que ça ne coûte rien et qu'il n'y a pas d'enjeu politique. Pour ce qui est de leurs engagements respectifs, certains les tiennent, d'autres moyennement et d'autres, pas du tout... Comme il n'y a pas d'obligation, personne ne se sent responsable. En revanche, si on regarde le positif, cela fait plus de deux ans que le club est lancé. Aux plénières, tout le monde est là! Pourquoi viennent-ils? Pour rencontrer des personnes qu'ils ne connaissent pas. A chaque fois, je laisse se présenter trois partenaires qui racontent aux autres ce qu'ils font. Comme il y a toujours des nouveaux venus, les gens y trouvent visiblement un intérêt. Quelques-uns échangent leurs cartes et se rencontrent en dehors du club.

Efficience Emploi: en fait, vous pensez que la constitution de réseaux locaux, comme les vôtres, est favorable à l'action économique et à l'emploi?

André Cros: absolument. L'idée est de créer les conditions pour que les gens se rencontrent et essaient de travailler ensemble. Par exemple, les acteurs de la création d'entreprise ont pu synchroniser leurs actions grâce à l'existence du club emploi de Rueil. Ils ont édité une petite plaquette leur permettant de présenter au public et aux partenaires le bien-fondé et la cohérence des différents dispositifs mis en place. Autre exemple, il y a beaucoup de CFA qui ne se rencontraient jamais avant l'existence du club. Désormais, ils collaborent et montent des actions communes. Grâce au club, ils rencontrent aussi des partenaires institutionnels et économiques, comme le MEDEF, la chambre des métiers, la chambre de commerce et d'autres...  "Ensemble pour l'emploi" n'est ni plus ni moins qu'un club de rencontres sur le thème de l'emploi. Son ambition reste modeste, mais en créant des liens entre les acteurs du territoire, je pense que nous faisons œuvre utile.

Propos recueillis par Efficience Emploi le, 28 octobre 2015  et publiés le, 25 novembre 2015.

 

Source bibliographique:

(1) Aider à la création d'entreprise de Pierre-Yves Cabannes et Denis Fougère, Sécuriser l'emploi, Sciences-Po. Les Presses, novembre 2013

 

Sigles:

Accre (Aide aux chômeurs créateurs ou repreneurs d'entreprise, à laquelle tous les demandeurs d'emploi, inscrits depuis plus de 6 mois, indemnisés ou non, ont droit, en contrepartie, d'un projet, d'une exonération de charges sociales pendant un an, éventuellement d'une avance financière de l’État remboursable et d'un financement partiel, toujours par l’État, des actions de conseil, de formation ou d'accompagnement)

Nacre (nouvel accompagnement pour la création et la reprise d'entreprise)

 

Pour en savoir plus:

www.hdsi.asso.fr

www.franceactive.org

www.initiative-france.fr

www.assocationconvergences.fr

www.emergences-92.org

www.adie.org

www.reseau-entreprendre-92.fr

www.reseau-entreprendre.org

www.chaire-securisation.fr

Ensemble, le club pour l'emploi de Rueil

sites.google.com/site/ensembleleclubarueil